(Actualisé avec détails sur le projet budgétaire et fiscal)
par Tim Kelly et John Geddie
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a remporté dimanche une victoire historique lors des élections législatives anticipées qu'elle a convoquées, quatre mois après sa nomination à la tête du gouvernement, en promettant des baisses d'impôts qui préoccupent les marchés financiers et de renforcer les dépenses militaires face à la menace de la Chine.
Le Parti libéral-démocrate (PLD) de la dirigeante nationaliste, qui dit s'inspirer de la "Dame de Fer" - l'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher -, a obtenu 316 sièges à la chambre basse du Parlement, composée de 465 sièges.
Il s'agit d'un résultat sans précédent pour le PLD, qui dispose avec son partenaire de coalition Ishin (Parti japonais de l'innovation) d'une supermajorité de 352 sièges, ce qui lui permettra de passer outre les décisions de la chambre haute, contrôlée par l'opposition, et de faciliter ainsi la mise en oeuvre de ses politiques.
Sanae Takaichi, 64 ans, avait convoqué ces élections le mois dernier dans l'espoir de capitaliser sur sa forte popularité dans les enquêtes d'opinion, notamment auprès des jeunes, et de mettre un terme aux revers subis par le PLD dans les urnes ces dernières années.
POLITIQUE BUDGÉTAIRE ET FISCALITÉ
"Une politique budgétaire responsable et proactive est au cœur de la transition politique… ", a déclaré Sanae Takaichi lors d’une conférence de presse, promettant de mettre en œuvre la suspension de la taxe "à la date la plus proche possible", tout en excluant l’émission de nouvelle dette pour y parvenir.
"Nous devons sortir le Japon d’une politique budgétaire excessivement stricte et d’un manque d’investissement."
Le programme, qui comporte notamment une hausse des dépenses et des réductions d'impôts, est scruté avec attention par les marchés financiers, qui s'interrogent sur le financement de ses mesures dans un pays déjà lourdement endetté.
"Ces élections portaient sur des changements politiques majeurs, notamment une transformation profonde des politiques économique et fiscale, ainsi qu'un renforcement de la politique de sécurité", a déclaré Sanae Takaichi à la télévision à l'annonce des premiers résultats.
"Ces politiques rencontraient de fortes oppositions... Avec le soutien des électeurs, nous devons absolument nous attaquer à ces problèmes avec toute notre énergie."
Sanae Takaichi s'est engagée à suspendre pendant deux ans une taxe de 8% sur les produits alimentaires afin d'aider les ménages à faire face à la hausse des prix, causée en partie par la dépréciation du yen.
SÉCURITÉ
Sa nouvelle stratégie de sécurité pour accélérer le renforcement de la défense du Japon suscite l'irritation de la Chine, qui dénonce une volonté de renouer avec le passé militariste du Japon.
Donald Trump, qui avait apporté jeudi son "soutien total" à Sanae Takaichi, a félicité celle-ci pour sa victoire, lui souhaitant "beaucoup de succès" dans la mise en oeuvre de son programme "conservateur et de paix via la force". Le président américain a salué sur son réseau social Truth la décision "courageuse et avisée" de la dirigeante japonaise de convoquer des élections anticipées, qui "ont payé", a-t-il écrit.
Emmanuel Macron a également félicité Sanae Takaichi pour sa victoire. "Le Japon et la France, c'est un partenariat d'exception et des valeurs en partage", a dit le président français sur le réseau social X. "Avec la présidence française du G7, heureux de poursuivre avec vous nos efforts pour porter de grandes ambitions".
Première femme à la tête d'un gouvernement japonais, Sanae Takaichi fait l'objet d'un véritable engouement auprès des jeunes, un récent sondage lui attribuant une cote de popularité supérieure à 90% chez les électeurs de moins de 30 ans.
Les médias locaux qualifient le phénomène de "sanakatsu" ("Sanae-mania") alors que s'arrachent les modèles de son sac à main et son stylo rose, ses accessoires emblématiques.
LE NIKKEI TOUCHE UN SOMMET
Les investisseurs ont réagi positivement à la victoire de son parti, le Nikkei touchant un sommet historique.
Le principal défi consiste désormais à trouver de quoi compenser les baisses d'impôts, qui entraîneront environ 5.000 milliards de yens par an de manque à gagner, soit à peu près le budget annuel japonais consacré à l’éducation.
Sanae Takaichi a declaré que des débats sur la protection sociale et la fiscalité aideraient à déterminer un calendrier et des moyens de financer la baisse des impôts, le gouvernement examinant des alternatives comme des recettes non fiscales ou des réductions de subventions existantes.
Le gouvernement réviserait sa manière de planifier le budget, a-t-elle ajouté, afin de faciliter le financement à long terme des investissements des entreprises dans les secteurs de croissance.
Ses précédentes allusions à l’utilisation de recettes non fiscales ont attiré l’attention sur les réserves de change du Japon, évaluées à 1.400 milliards de dollars, principalement destinées à intervenir sur le yen.
Mais puiser trop profondément dans ces réserves pourrait raviver les craintes que le Japon vende une partie de ses obligations du Trésor américain, ce qui pourrait déstabiliser les marchés et susciter des inquiétudes à Washington.
Les analystes avertissent que l’incertitude prolongée sur le financement pourrait provoquer une nouvelle vente sur le marché obligataire, les investisseurs étant déjà sensibles à la détérioration des finances publiques japonaises.
Une forte hausse des rendements obligataires augmenterait le coût du service d’une dette publique représentant près du double de l’économie japonaise.
Les inquiétudes sur la soutenabilité budgétaire pourraient également provoquer un nouvel affaiblissement du yen, faisant grimper les prix des importations et l’inflation globale, ce qui réduirait les bénéfices pour les ménages des réductions fiscales.
Sanae Takaichi a peut-être remporté le mandat populaire, mais pas encore celui des marchés, a déclaré Shinichi Ichikawa, analyste principal chez Pictet Asset Management Japan.
"Si les craintes concernant la détérioration des finances entraînent une chute imprévue du yen, cela pourrait faire augmenter les prix alimentaires via la hausse des coûts d’importation. Cela pourrait nuire à sa popularité."
(Reportage John Geddie, Tim Kelly et Leika Kihara, avec Joseph Campbell, Kantaro Komiya, Chang-Ran Kim, Tom Bateman, Tamiyuki Kihara et Yusuke Ogawa; version française Camille Raynaud, Jean-Stéphane Brosse, Tangi Salaün et Elena Smirnova, édité par Jean Terzian et Kate Entringer)

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